Seigneur Sven a écrit:
Comme le dis je ne sais plus qui plus haut, le christianisme, la Chrétienté, a constitué le ciment européen avant l'émergence des Etats qui se révèlent de plus en plus à partir des XIIIe-XIVe siècles et qui intégreront la religion comme part de leur identité particulière.
Il faut bien comprendre que cette attitude critique peut avoir deux facettes: on remet en question l'idéologie du christianisme et/ou on remet en question l'influence de cette idéologie dans l'histoire.
Que cette idéologie ait eu de l'influence, cela est indéniable. Mais, je pense qu'on peut discuter l'ampleur et la nature de cette influence, fut-ce sur les mentalités, la vision du monde, la façon de vivre etc.
Après, l'accord ou non avec cette idéologie relève du choix personnel, de certaines préférences, de la philosophie, de l'éthique etc. C'est moins pertinent pour notre débat.
Ce que je me dis juste c'est que ce n'est pas parce que la culture officielle est la chrétienté que nécessairement tout se réduit à elles. L'Europe n'est pas que chrétienne. Après, on peut discuter l'ampleur et la nature de l'influence préchrétienne, évidemment. Je ne crois pas qu'elle soit énorme. Mais elle a sûrement dramatiquement joué dans ce qu'on a fait de la chrétienté.
Enfin, l'idée que la chrétienté a été le ciment de l'Europe, je trouve que cela exprime bien ce qu'elle est: quelque chose de politique, une idéologie, qui a un certain niveau trouve sa raison d'être dans ces motifs temporels et non pas spirituels. Contradiction de fond avec sa doctrine.
Je ne la conçois pas comme plus respectable que les autres idéologies qui ont plus récemment tenté de "cimenter" certaines populations: comme le néolibéralisme, le communisme, la foi en un progrès linéaire, l'anti-modernisme tradition(al)iste, le syncrétisme new age, le besoin de rédemption écologique, l'altermondialisme etc.
Ces idéologies sont souvent instrumentalisées ou tournées de telles façons à ce qu'elles profitent non pas au plus grand nombre mais à un des petits groupes. Le ciment des peuples c'est pas très loin de ces croyances utilisées pour berner et faire marcher en rangs.
Donc voir la chrétienté comme ça, c'est en fait rabaisser ses prétentions et la considérer comme elle doit être.
Seigneur Sven a écrit:
Alors c'est pas parce qu'en France on a une attitude critique et distante avec le christianisme que c'est le cas partout.
Effectivement. Cela ne nous dit pas du tout cependant quelle
devrait être l'attitude.
L'attitude envers le christianisme pourrait être encore plus critique si les gens n'adaptaient pas systématiquement les traditions, malgré les efforts de certains pour les figer dans une hypothétique Tradition, intemporelle, immuable. Dit plus simplement: c'est parce que beaucoup de gens ont transformer le christianisme à leur sauce (et l'on adapté à l'épistémè moderne) qu'il leur est supportable.
Sinon, tout ton propos est bien intéressant et puis je vois que le thème a déjà été bien abordé. Cependant, je me demande comment on définit et on opérationnalise cette notion de mentalité. De plus, je me rends bien compte que c'est surtout le travail de disciplines comme l'anthropologie, la science des religions, l'ethnologie etc. que de chercher à dégager les croyances et la vision du monde de nos ascendants.
Mais bon, il n'en reste pas moins qu'il n'y a que Baal pour mettre en garde contre le fait que malgré la possibilité
"d'établir des "diagnostics" sérieux [...] on ne sera jamais forcément dans le vrai total." Je trouve que c'est crucial car toi autant que moi somme enclins à soutenir notre propre vision du monde et nos propres préférences au détriment de toute objectivité.
Baal a écrit:
j'insiste sur une chose: l'Histoire des mentalités ne peut faire l'impasse transdisciplinaire, notamment avec la sociologie, et les autres sciences humaines, mais aussi avec la psycho voire la philo.
Ouais. Quoique, je ne suis pas convaincu que la psycho ait grand chose à apporter.
L'historien, évidemment, est au centre, mais aussi les apports de la sociologie, comme tu le dis, et de l'anthropologie, de l'ethnologie, de la science de religions, et sans omettre l'archéologie.
D'ailleurs, je me demande comment travaillent ces différentes disciplines ensemble.
Bien que très intéressantes, les interprétations de l'anthropologie me semblent parfois à des lieues de la rigueur et du côté terre à terre (!) de l'archéologie et de l'histoire.
L'ethnologie ne prêterait qu'au comparatisme (ex. un peuple actuel a telle ou telle mentalité, on s'en sert comme modèle pour concevoir celle d'un peuple passé), une méthode certes intéressantes, heuristique, mais à prendre avec des pincettes!
La sociologie (voire la psychologie) sont tributaires des données historiques et archéologiques. Donc, leur puissance me semble limitée.
Ce que je trouve dingue c'est que l'histoire et l'archéologie ont potentiellement un champs aussi étendu à tous les aspects de la vie humaine! On peut potentiellement faire de l'histoire de tout! C'est là que la remarque de Baal prend tout son sens car histoire et archéologie sont bien obligées de faire de la "sous-traitance", de convoquer d'autres disciplines (ex. anthropologie, sociologie etc.) pour mieux comprendre les données...