Citation:
Tout à fait. cela vient du fait que beaucoup de satanistes ont une vision plutôt panthéiste que véritablement anti-chrétienne. la question est: pourquoi prendre donc le terme de Satan pour désigner une réalité métaphysique qui n'a rien à voir en gros avec la mythologie chrétienne? La réponse vient certainement du manque de mythologie propre à cette forme de "satanisme" et à la volonté de s'opposer systématiquement au christianisme, dans le fond (valeurs) et la forme (culte). Voilà pourquoi on s'est retrouvé dans une forme de pastiche du culte chrétien basé sur une inversion quasi-systématique avec quelques éléments folkloriques et ésotériques plus personnels. C'est un peu idiot d'un point de vue spirituel et intellectuel, mais ça a son charme d'un point de vue de la thématique et du folklore. Ce ne sont pas non plus les premiers à faire cela...
Oui, ça a son charme. Et si intellectuellement ça ne vole pas forcément haut, c'est pas forcément dommage: se perdre dans des justifications philosophiques ou théologiques serait peut-être creux et artistiquement mortifère, il vaut mieux une réponse sarcastique, ironique, voire humoristique. A trop vouloir intellectualiser une imposture, on lui confère un sérieux et un crédit qui lui font défaut et qu'elle ne mérite pas; aussi, par ce fourvoiement, on entre dans son jeu et on lui rend service... Il n'y a pas de débat possible en face de gens qui ne veulent pas ou ne peuvent pas interroger certaines de leurs affirmations, croyances.
Citation:
En fait pour ces "satanistes", Satan est en gros la Nature. C'est-à-dire tout ce qui n'est pas une émanation de l'homme, matériellement et spirituellement/religieusement. Voilà pourquoi l'incompatibilité avec le christianisme est totale. Le christianisme est intrinsèquement humaniste et conservateur quant à sa vision du monde. Le satanisme panthéiste ne recherche pas le Mal, au sens chrétien du terme, mais ses valeurs sont à l'opposé du christianisme et ce dernier les a qualifié depuis longtemps de Mal. Pour ces satanistes, surfer sur cette réalité maléfique chrétienne, c'est donc condamner avec ostentation le pouvoir et les valeurs du christianisme qu'ils considèrent comme intolérables. Après, ça peut déraper dans le pure folklore, comme toute chose possédant un fort potentiel émotionnel (d'où le mimétisme justement abordé par Mens).
L'autre forme de satanisme assez connu est le satanisme dit "orthodoxe". Celui-ci n'est à mon sens qu'une vaste blague sans aucun fondement. Ces gens ne sont que des chrétiens frustrés qui ont choisi de choisir "l'autre camp" par vengeance, colère ou je en sais quoi (ex: se donner un style, prouver quelque chose). Tout n'est que pur folklore parodique et il n'existe à ma connaissance aucune consistance théologique, philosophique ou cultuelle chez ces gens-là.
Enfin, il existe le satanisme Laveyien, qui est plutôt celui dont parle Sakri: il met en avant d'abord l'individu et non la personne au sens chrétien du terme (cf. personnalisme de Mounier) avec des bases vaguement nietzschéennes. Cette forme de satanisme est assez récent je rappelle et n'est pas à un paradoxe près (ex: l'utilisation d'un culte et du terme Eglise, qui va directement en opposition avec les principes de l'individualisme).
Je précise qu'il n'existe aucun absolu, aucun cadre bien précis, dans tous ces satanismes. Il est facile de confondre un peu tout, plus ou moins involontairement...
Satanas sive Natura!
Je ne suis pas sûr que le christianisme soit "humaniste" ou alors tout dépend du sens considéré. Certainement que c'est ce qui permit l'émergence d'une forme d'humanisme.
Dans ta première définition, cela signifie qu'il y a un satanisme, renversant les valeurs du christianisme, serait progressiste et anti-humaniste?! J'en doute... Mais si tu pouvais préciser à quel niveau et pour quelles valeurs, cela s'oppose, ce serait bien. En effet, l'inversion n'est pas totale, les valeurs soutenues ne sont pas forcément anti-humanistes...
Le satanisme "orthodoxe" est-ce que cela se rencontre hors du milieu BM? Si ce n'est pas le cas, on peut le rattacher à tous ces gens qui évoquent et suivent les propos de Euronymous sur la nature chrétienne du satanisme, et le fait qu'il serait vraiment un culte et vraiment sans aucun but positif (contrairement au premier type défini).
Pour le satanisme laveyien, on peut se demander pourquoi le terme "satanisme" en fin de compte... C'est une étiquette esthétique, provocatrice et très vendeuse, surtout aux USA j'imagine... Mais idéologiquement, il n'y a rien d'exceptionnel, un patchwork au final assez pauvre et peu original. La mise en forme et l'institutionnalisation le sont, mais c'est tout. Pour les paradoxes, je suis bien d'accord. Je me demande si ce genre d'organisation, de groupe, prônant énormément l'individu, ne souffre pas précisément de la même contradiction que le BM: être un troupeau d'individualistes! Beaucoup se disent uniques mais s'habillent pareil, disent et pensent pareil...
Du reste, récemment, B.B. Rice, successeur désigné de LaVey par lui-même, s'était fendu d'une critique qui allait exactement dans ce sens de la CoS. Il a même jusqu'à prétendre que l'Eglise de Satan, c'était lui, histoire de foutre la merde.
Citation:
En effet, le black metal traduit musicalement la souffrance (plus que le mal à mon avis: la mélancolie, la haine, la colère, le désespoir, le nihilisme sont pour moi l’expression d’une souffrance, d’un mal être) et l’épreuve de la souffrance est essentielle dans la vie spirituelle de tout chrétien et dans la Bible (même s’il ne s’git pas pour le chrétien de s’y complaire mais de l’endurer dans l’Espérance). Il y a donc bien des thématiques et des inspirations compatibles entre le christianisme et le black metal, des états d’êtres qui peuvent traduits de manière cohérente avec force par la musicalité propre au BM et qui sont compatibles avec le contenu de la foi chrétienne.
Source:
http://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/09/15/musique-et-religion-en-quel-sens-peut-il-y-avoir-du-black-metal-chretien/C'est vrai que c'est extrêmement partial (mais ce n'est pas moi qui prétendrait à l'objectivité parfaite...).
Mais quelques réflexions tout de même... J'ai oublié qui écrit sur ce blog. C'est sûrement mieux comme ça...
C'est marrant de se dire qu'il y a compatibilité du BM avec le christianisme puisqu'il y aurait souffrance... En somme, comme tout le monde, quelque soit la culture, l'époque etc., souffre durant son existence, alors le christianisme est compatible avec tout. Wow. Quelle découverte. Franchement quand on est si général, comment s'en étonner?
Ce qu'il y a d'intéressant avec le BM, c'est que, en même temps que de la souffrance, qu'une attirance pour le malsain, le morbide, pour une forme de (auto-)destruction, il y a également une sorte de volonté de vivre, de combat, qui est exprimée. Une sorte de désespoir, certes, mais éminemment combatif. En fait, c'est bien un melting pot d'éléments contradictoires, tous poussés à leur extrémité.
Pour rester sur la souffrance, etc., je suis assez sidéré de voir cette sorte de "pathologisation" du phénomène: on a connu Freud qui pathologisait le recours à la religion, tout en disant bien qu'elle était nécessaire à la société. Mais là, le BM serait un signe de souffrance, une cause (on peut se demander, ça n'est pas dit), mais en tout cas, participerait à une complaisance à la souffrance etc. En admettant que, chez certains, le BM ait un rôle à jouer là-dedans, je le vois comme plus complet, plus large et plus complexe. A la fois, le BM eprime une souffrance, la rend visible, et donc peut-être un peu plus supportable. Aussi, chez certaines personnes, il peut probablement ajouter son grain de sel et appuyer sur une complaisance à la souffrance et autres faits un peu pathologiques. Peut-être même que ça déprime certains, plus vulnérables. Mais à mon avis, c'est bien rare. (La plupart des BMeux sont tristement normaux.) Ce qui me semble décisif, c'est que le BM est certainement cathartique (pour le dire plus court qu'en haut), mais qu'en plus, c'est une stratégie, une gestion de ses émotions, de sa haine. Les auditeurs, sachant que c'est cathartique, que ça défoule, l'utilisent comme tel. Et finalement rien d'étonnant à ce que l'immense majorité des BMeux ne soit pas plus malade psychiquement que les autres, ni plus violent que les autres (rien n'est prouvé en ce sens: des études anglo-saxones avaient démontré que le fait d'avoir un style de BMeux et des goûts musicaux de ce genre ne voulait rien dire et ne permettait pas de dépister des individus vulnérables, potentiellement à problèmes). C'est donc moins un preuve de souffrance qu'une stratégie d'adaptation à son environnement, interne ou externe, et potentiellement aux souffrances qu'il cause.
On pourrait se dire la même chose de la religion.
En plus, ce troupeau prétendument individualiste de BMeux apparaît être tout à fait sociable (i.e. il n'est pas peuplé de gens qui ont des déficits de compétences sociales, à ce que je sache), et il me semble que le fait d'écouter du BM, de se vêtir d'une certaine façon etc., permet aux jeunes BMeux (l'immense majorité) de s'intégrer, d'interagir avec des gens comme eux.
Si on voulait tirer une grosse ficelle, on pourrait se dire en plus que la passion dévorante du BM, comme plein d'autres passions, donne lieu à un investissement parfois constructif. Que cette souffrance ou ces pulsions négatives sont "sublimées" dans une pratique avec des conséquences socialement valorisées et positives... Les auditeurs apprennent un instrument, deviennent musicien, ou alors ils organisent des concerts, ils ont une distro, ils écrivent des chroniques, font des interviews etc.: bref ils s'insèrent encore un peu plus dans le tissu social, y compris professionnellement...
C'est bien loin d'être dans l'esprit du BM du début développé par Euronymous: c'est plus du tout autodestructeur, individualiste ou autre. Est-ce que ça a déjà été cela d'ailleurs?
A quelque part, entre ce que disent et ce que font les acteurs du BM, il y a juste un abîme, qui peut vraiment faire croire à une grosse farce. Mais passons: il reste du sérieux et quelques points cohérents, là-dedans.
Je me dis que, plus largement, le BM pose plein de questions philosophiques et identitaires. A nouveau, ça va carrément plus loin: cette subculture offre des réponses, non pas dans la musique, mais dans les pratiques de ses membres, déviantes à certains égards et intégrées à d'autres. Un style de vie, des idées, des pratiques etc. un peu différents sont promus, et bien qu'hyper-dérangeants sous certains aspects, on peut se demander si ça n'offre pas (indirectement et involontairement?), des réponses lors d'une période post-moderne, en crise de valeurs... Est-ce que ce n'est pas de nouveau une sorte d'adaptation?
Et même si le BM produit de la souffrance, chez certains qui prennent tout très au sérieux, il doit quand même offrir quelque chose à l'individu dans une sorte de démarche initiatique et éprouvante: du sens.
En somme, le BM est une stratégie alternative de gestion, d'expression des émotions, d'expulsion de sa souffrance ou de pulsions négatives voire de leur sublimation (négatif: ce qui est négatif selon les gens eux-mêmes); quand bien même ces pulsions ou comportements négatifs seraient cultivés, ils ne génèrent que très rarement de la violence ou des problèmes d'adaptation et une exclusion sociale. Au contraire pour certaines conséquences positives niveau social/sociabilité et professionnel, artistique... En plus, cela se permet de créer du sens, instaure ou accompagne une évolution groupale et individuelle au niveau idéologique, philosophique, spirituel, identitaire etc., ça permet de se connaître, de s'individuer, de se construire, même si ça doit passer par de l'auto-destruction, de faire du négatif quelque chose de positif, qui nous fait croître. Une sorte de transmutation.
C'est ce qu'est censé offrir une religion. Mais visiblement, ce n'est pas ça que veulent les jeunes.
Et je regrette: même les mecs de groupes super orthodox qui disent ne vivre que pour leur culte, leur quête, dans une sorte de pseudo-ascèse, des idées d'auto-mutilation et d'auto-destruction, à mon avis, ils ont quand même besoin et envie de ce milieu du BM, ils aiment ça fut-ce dans la douleur et puis ça les valorise, leur donne un sentiment de puissance, voire de transcendance... Du coup, c'est à quelque part positif, même inscrit dans une démarche d'autodestruction... Sinon pourquoi ne pas se flinguer ou se faire souffrir sans plaisir avec le BM?
Quant à savoir ce qui convient le plus, ce qui fait le plus sens entre christianisme et subculture telle que le BM, à chacun d'y répondre.
Et j'imagine que si le premier rend meilleur selon certaines normes, le second cherche surtout à rendre plus fort, plus développé dans son sens. Et j'imagine que ça dérange.