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Pour Jeudi prochain les exorcistes du diocèse m'ont demandé de leur parler pendant une heure de mon étude sur le metal. En préparant ma courte intervention auprès d'eux j'ai comparé "Les Litanies de Satan" de Baudelaire et l'"Inno a Satana" d'Emperor. C'est assez intéressant car, même s'il y a quelques points communs, la vision de Satan est radicalement différente d'un texte à l'autre... Pour Baudelaire, Satan est celui qui prends pitié, pour Emperor il est au contraire "sans mercy" dans le texte anglais, "sans compassion". Baudelaire utilise pour ses Litanies une structure de la liturgie catholique avec le Kyrie Eleison comme refrain et la prière conclusive à la fin. Ihsahn semble quant à lui connaître l'Evangile de Matthieu, chapitre 7, versets 13 et 14...
Groupe de black Metal EMPEROR
Album In the Nightside Eclipse (Dans l’obscurité de l’éclipse), 1994
Inno a Satana
Hymne à Satan
Seigneur Tout-puissant de la nuit. Maître des bêtes. Toi qui apportes crainte et dérision. Toi dont l’esprit se trouve dans tout acte d’oppression, de haine et conflit. Toi dont la présence demeure dans toutes les ombres. Toi qui renforces la puissance de toute mort. Toi qui influences tout fléau et tempête. Ecoute. Tu es l’empereur des ténèbres. Tu es le roi des loups qui hurlent. Tu as le pouvoir de transformer la lumière en lueur. Sans pitié . Sans compassion ni volonté de répondre à quiconque demande pourquoi. Ton chemin est capricieux mais si large . Sans aucun obstacle à la force. Chaque fois tu me consacres à un autre secret de toi. Je fais un nouveau pas vers ton Panthéon. Je verserai mon sang pour toi, à jamais. Je chanterai les louanges de ton nom redouté, à jamais. Je te servirai pour toujours. Tu l’emporteras toujours.
A comparer avec « Les litanies de Satan » dans Les fleurs du mal (1857.1861) de Baudelaire
O toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
O Prince de l’exil, à qui l’on a fait tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l’amour le goût du Paradis,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
O toi qui de la Mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l’Espérance, - une folle charmante !
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d’un échafaud,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi dont l’œil clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi dont la large main cache les précipices
Au somnambule errant au bord des édifices,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
De l’ivrogne attardé foulé par les chevaux,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui, pour consoler l’homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles
Le culte de la plaie et l’amour des guenilles,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Père adoptif de ceux qu’en sa noire colère
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
PRIERE
Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence !
Fais que mon âme un jour, sous l’Arbre de Science,
Près de toi se repose, à l’heure où sur ton front
Comme un Temple nouveau ses rameaux s’épandront !
_________________ Ad maiorem Dei gloriam
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