Parmi mes lectures "céliniennes" de l'été, les deux volumes de
Guignol's band (dont le 2e, intitulé
Le pont de Londres, a été publié postérieurement à la mort de l'auteur).
Ce roman, qui est injustement méconnu s'appuie sur l'expérience de l'auteur à Londres, durant la Grande Guerre, pour relater les aventures de Ferdinand, dans le milieu interlope des proxénètes français de Londres.
Céline nous offre 700 pages d'un récit assez loufoque, voire complètement burlesque, ce qui fait à mon avis de Guignol's Band le roman le plus drôle de Céline. Comme souvent avec Céline, la narration est menée dans un rythme hallucinant, haletant, sans aucun temps mort... Les 700 pages sont d'une densité narrative assez impressionnante.
Mais très clairement, on ne retrouve pas la même profondeur dans les sentiments et dans leur expression que dans le fabuleux
Voyage au bout de la nuit. Et cela pour une raison, à mon avis assez simple : c'est tout simplement qu'il s'agit d'un roman beaucoup moins sombre que tous les autres romans de Céline ; ce dernier semble y relater peut-être l'épisode le plus heureux, ou du moins le plus insouciant de sa vie... alors bien sûr, Ferdinand croûle sous les ennuis, d'ailleurs on l'imagine mal se la couler douce ce pauvre Ferdinand, mais on ne sent pas la misère et les difficultés qui ressortent si fortement de romans comme le
Voyage,
Mort à crédit ou encore
D'un château l'autre que je commence tout juste.
Bref, vous aimez Céline et vous avez envie de vous détendre un peu après la lecture âpre, mais passionnée, du
Voyage au bout de la nuit, alors je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ces deux volets de
Guignol's band
A noter tout de même que c'est un roman inachevé. Plusieurs autres volumes étaient prévus, et l'on a même le synopsis du 3e volume (à lire dans l'édition de
La Pléïade)...
Quel dommage que cette oeuvre n'ait pas été menée à son terme...
Autre lecture célinienne de l'été, autre oeuvre inachevée :
Casse-Pipe est en réalité le prologue de ce qui devait être un roman d'une longueur équivalente à celle de Mort à crédit et qui devait retracer l'expérience de Céline durant la première guerre mondiale. Le manuscrit de ce roman aurait été détruit en 1944 à la Libération, dans l'appartement de Céline, pillé par des "libérateurs" ou plutôt des "profiteurs de la Libération"...
La briéveté du texte empêche malheureusement de se plonger réellement dans le récit qui retrace la première nuit du jeune Destouches dans son régiment...
En outre, il est parfois difficile de saisir toutes les subtilités du texte qui reste assez obscur, beaucoup plus obscur par exemple que le
Voyage au bout de la nuit.
Il ne faut donc surtout pas commencer Céline par
Casse-pipe bien que ce texte reste évidemment très célinien.