Ça y est, le cinquième volume de la Pléïade consacré à Céline est sur le point de sortir.
Il s'agit, comme je le disais plus haut, d'une "compilation" de la correspondance, pour le moins foisonnante, de Céline.
2000 pages quand même !!
Voilà ce qu'en dit l'Express :
L'Express a écrit:
C'est un événement : la correspondance de l'auteur de Voyage au bout de la nuit sort en Pléiade. De sa jeunesse à sa mort, un feu d'artifice de formules, de secrets, d'invectives, de haines... L'Express publie en avant-première des missives inédites.
On n'y croyait plus. Voilà des années que l'on nous annonçait ce volume de la Pléiade consacré à la correspondance de Céline. Mais pas plus de Pléiade que de beurre en branche, comme disait l'auteur de Voyage au bout de la nuit. Et puis, soudain, cette brique - plusieurs centaines de lettres, des dizaines de correspondants, 2 000 pages ! Un flot ininterrompu de furies et de fééries, de haines et d'émotions, de petits secrets et de grands aphorismes. La littérature ? "Faire danser des alligators sur une flûte de Pan." Les femmes : "Je donnerais tout Beaudelaire (sic) pour une nageuse olympique." La vie ? "Le plus dur, c'est les quarante premières années."
Rendons grâce à Henri Godard et Jean-Paul Louis, les deux concepteurs de ce volume, d'avoir exhumé ces lettres rares ou inédites. Présenté dans un ordre chronologique, ce choix de correspondances se lit à la fois comme la formidable autobiographie d'un aventurier du xxe siècle - tranchées de 14, Afrique, Sigmaringen, exil au Danemark - et l'art poétique d'un styliste maniaque - Céline rode ici ses formules et théorise sa fameuse transposition de "l'émotion parlée au style écrit".
Et puis, bien sûr, il y a l'antisémitisme... Ces lettres permettent de saisir comment l'auteur de Bagatelles pour un massacre sombre dans cette obsession, autour de 1936 : amertume devant le mauvais accueil réservé à Mort à crédit, conviction que des "gangsters juifs" lui ont soufflé le grand amour de sa vie, la danseuse Elizabeth Craig, pacifisme intégral au prix d'une alliance avec l'Allemagne... Ces lettres confirment aussi ce que les céliniens savaient déjà : si Céline a dénoncé les juifs - souvent en des termes insoutenables - il n'a jamais dénoncé des juifs.
Mais la grande révélation de ce Pléiade, ce sont les lettres totalement inédites de jeunesse. On y découvre la verve précoce d'un enfant de 13 ans, l'enfer des tranchées, le trafic de défenses d'éléphant dans la brousse... Voilà Destouches avant Céline, Louis-Ferdinand avant Bardamu.
Et en cadeau, une lettre inédite à Jacques Doriot, envoyée en mars 1942 :
Céline a écrit:
"Un Juif, c'est toute la juiverie."
"Mars 1942
Mon cher Jacques Doriot, Pendant que vous êtes aux Armées, il se passe de bien vilaines choses. Entre nous, en toute franchise, nous assistons en ce moment à un bien répugnant travail ; le sabotage systématique du racisme en France par les antisémites eux-mêmes. Ils n'arrivent pas à s'entendre. Spectacle bien français. Combien sommes-nous d'antisémites en tout et pour tout, sur notre sol ? Je ne parle pas des badauds. À peine une petite préfecture ! et, parmi ces émoustillés, combien de chefs ? valables, armés, présentables ? Une douzaine...[...] D'où détiennent-ils, ces fameux Juifs, tout leur pouvoir exorbitant ? Leur emprise totale ? Leur tyrannie indiscutée ? De quelque merveilleuse magie ? de prodigieuse intelligence ? d'effarant bouleversant génie ? Que non ! Vous le savez bien ! Rien de plus balourd que le Juif, plus emprunté, gaffeur, plus sot, myope, chassieux, panard, imbécile à tous les arts, tous les degrés, tous les états, s'il n'est soutenu par sa clique, choyé, camouflé, conforté, à chaque seconde de sa vie ! Plus disgracieux, cafouilleux, rustre, risible, chaplinien, seul en piste ! Cela crève les yeux ! Oui, mais voilà ! et c'est le hic ! Le Juif n'est jamais seul en piste !Un Juif, c'est toute la juiverie.Un Juif seul n'existe pas.Un termite : toute la termitière. Une punaise, toute la maison.[...] Je voudrais en fin me tromper ! Mourir dans l'erreur !Toujours bien poli, cependant ! Jamais un mot qui dépasse ! Et votre bien affectueusement, borné, buté, Serviteur !L.-F. Céline"