Sans considérer le côté pastiche, il me semble difficile d'innover avec cet éternel thème du "savant fou", avec son "frankenstein" (une sorte de golem?). Je trouve assez dangereux de reprendre ce thème tant il a été usé. Cela rend le scénario quand même un peu prévisible, du moins c'est le sentiment que j'ai eu. C'est ce qui me plaît le moins. Il me semble que la force du court métrage est justement de nous jeter dans une situation inconnue ou alors connue, mais, de toute façon, de nous surprendre, de nous balader, en extrêmement peu de temps.
Un truc intéressant que j'y ai vu concerne la différence normal pathologique: la "créature" du "scientifique" a l'air stupide, bête. Les codes que l'acteur utilise peuvent faire penser à du retard mental (bavements, absence de langage verbal, geignements, posture étrange, développement physique important etc.).
Or, justement, l'ironie du film veut que celui qu'on estime le monstre, le malade, est en fait celui qui va gagner la partie d'échec. Donc, en revenant au titre "Echec au Fou", outre l'allusion au jeu d'échec, je me pose la question de qui est le fou: le scientifique ou la créature? Ce scientifique semble être mieux placé pour ça. Il n'accepte pas la défaite, il a donc un côté orgueilleux, jusqu'à l'irrationnel (il a crée une créature douée aux échecs: en 5 min elle y a tout compris!), à l'émotionnel (fierté, l'autre ne peut pas avoir tort), ce qui le fait par là-même trahir son art.
Ceci aurait pu être mis plus en avant, car c'est une réflexion qui permet au pastiche de dépasser ce qu'il pastiche, en apportant quelque chose de plus et de nouveau dans une réflexion très importante (normal vs. pathologique, ou normalité vs. déviance; aussi quant au thème de l'intelligence).
Cette ironie qui fait du savant le fou et du fou le savant, avec l'injustice de la non-reconnaissance de cet état de faits, c'est le point fort du film.
Voilà. J'aurais d'autres choses à dire que je vous épargnerai car je ne m'y connais pas en cinéma ou d'autres l'ont déjà dit (ex. la partie d'échec très courte).
Evidemment, si c'est un premier court métrage, cela semble plutôt une bonne performance!
P.S.: Connaissant un peu DS ainsi que ses opinions, j'y vois le reflet d'une critique de la modernité focalisée contre la science. Pour ça, il sait ce que j'en pense. Plutôt que de soulever une énième fois l'aspect faustien de la science, on aurait pu montrer à quel point elle est assujettie au système économique et au profit, par exemple en faisant intervenir un autre personnage, un banquier, qui aurait nié la découverte du scientifique pour je ne sais quel motif financier. L'agroalimentaire, la pharmacologie, la pétrochimie etc., tous n'ont pour but de générer des inventions et des produits qui nous avantagent que s'ils génèrent plus de profit pour ceux qui les produisent (ex. tous ces sachets plastic inutiles qu'on est quasi obligé d'utiliser quand on va acheter ses fruits dans un supermarché). Moins que l'aspect intrinsèquement immoral du scientifique, c'est plutôt son manque d'indépendance vis-à-vis d'une logique de profit et d'applications non éthiques que j'aurais questionné.
Mais non, on en reste à la signification donnée par Shelley dans son roman: une vision très religieuse, très morale, il y a le bien et le mal etc. Esthétiquement très attirante, mais concrètement boiteuse. (cf. Frankenstein ou Le Prométhée Moderne)
Mais bon, il est plus facile de critiquer le manque d'éthique de la science que celui de la finance, alors qu'on aurait encore plus de bonnes raisons de le faire en cette période. Et surtout, on passe pour un gauchiste si on le fait (alors que tout bon nationaliste aurait intérêt à être protectionniste). L'idéologie dominante a parfaitement réussi à nous convaincre que tout ce qui arrive au niveau économique serait une nécessité, pire, une fatalité, et n'aurait pas à se discuter, voire serait "juste" (croyance en un monde juste). Tout cela n'aurait pas à être soumis à la politique, on n'aurait pas de choix à faire, l'éthique n'aurait pas à intervenir ou que superficiellement, juste quelques lois suffiraient... Grosse arnaque.
Bref. Cette remarque est sûrement bien trop marxienne. Bah, quand tout le monde aura la dalle et perdu son travail, il y aura 'peut-être' un 'léger' changement de paradigme.